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ouralie, 20.10.2007] Bien ancré dans la presqu'ile de Rhuys, entre l'océan et les marais de Suscinio, ce chateau fort dresse ses tours reconquises dans un environnement bucolique et marin ; chaque année, avant de rejoindre un peu plus loin mon lieu de vacances, je fais un détour et ma première visite est pour lui.
Il me tarde de voir où en est sa restauration moi qui l'ai connu il y a dix ans, privé de toitures, et ses tours par endroits effondrées.
Au détour de la route qui s'arrêtera un peu plus loin, au bord de l'océan, il apparait soudain, massif, imposant, reposant sur ses douves d'un vert maléfique. C'est un vrai chateau fort, avec un pont levis, des courtines, des meutrières, des murs de 2 mètres d'épaisseur. De quoi faire rêver tous les amoureux du Moyen Age, petits et grands: nous voici devant lui, et le temps s'abolit, place au chevaliers, aux gentes dames, aux lointains échos des fêtes et des ripailles, des attaques et des prières.
Au début du 13e siècle, ce n'était qu'un pavillon de chasse où les ducs de Bretagne, qui résidaient à Nantes, ou à Vannes, venaient se détendre et chasser dans les forêts giboyeuses de la presqu'ile. Il ne reste de cette époque qu'un pan de mur contre le logis ouest.
Au 14e siècle, les ducs en ont fait une forteresse, car l'obscure " guerre de Succession de Bretagne" faisait craindre des attaques surprises. Tours, créneaux, douves et postes de guet ont bien rempli leur fonction de dissuasion, car finalement, rares furent les attaques ennemies. On note cependant que Duguesclin, ce mercernaire qu'on trouve un peu partout, se serait un moment emparé de la forteresse.
Suscinio (dont le nom signifierait "bon plaisir" en breton) continua d'être plutôt une résidence de loisirs ; le duc Jean V entreprit au 14e siècle la construction du "grand logis d'entrée", à l'est:un immense batiment de 40 mètres de long qui étalait ses salles d'apparait et ses appartements privés sur quatre niveaux. Les fenêtres en sont encore très étroites, mais leur ornementation évoque déjà la Renaissance.
En 1531, la Bretagne entra dans le royaume de France, par le mariage d'Anne de Bretagne avec le dauphin, futur François II. Et le chateau commença son long sommeil, peu à peu oublié, délaissé, dégradé.
A la Révolution, il fut vendu comme bien national et dépecé de beaucoup de ses pierres.
Mais sa beauté n'échappa pas au sauveur de notre patrimoine, l'architecte Viollet le Duc, qui l'inscrivit au catalogue des monuments historiques, ce qui le sauva de la ruine totale.
Mais la réelle restauration du chateau a été entreprise à partir de 1994, le Conseil Général du Morbihan y a consacré beaucoup de passion et d'"argent, dans le but de recréer Suscinio à l'identique, et lui rendre son aspect originel.
Les techniques et les matériaux employés ont été les mêmes que par le passé, une exposition très intéressante en montre les détails, tout en haut, sous la toiture enfin restituée.
Après ces nécessaires généralités, par ici la visite!
On a laissé sa voiture sur le parking gratuit, en contrebas du chateau, de grands arbres dissimulent ces objets insolites et c'est à pied qu'on s'approche du chateau, dont un joli chemin herbu fait le tour complet, le long des douves alimentées par l'eau de mer. Des tourterelles nichent entre les grosses pierres et leur roucoulement intemporel nous accompagnent dans ce retour en arrière.
Devant le pont levis, on lève les yeux avec respect sur les deux tours d'entrée, qui nous cachent le ciel, et l'on remarque au dessus du portail, un médaillon sculpté aux armes de Suscinio, un cerf et un chevalier.
Il faut entrer à gauche dans la salle des gardes, en baissant la tête. On a installé là une librairie faisant aussi boutique de souvenirs, et la billetterie.
On accède au logis Est, , par le classique escalier en colimaçon, pour une visite libre ou guidée, comme on le souhaite.
En saison, une visite part toutes les demi-heures. Elle est passionnante, mais vous comprendrez que je ne la suis plus guère, car je connais par coeur l'histoire et les lieux du chateau.
Le logis Est donc :
C'est la partie résidentielle du chateau, dont la restauration est pratiquement achevée.
Au premier étage, deux immenses salles de réception, dont une "salle des banquets" très bien agencé : on y voit une sorte de passe plats, et des gradins disposés sous la fenêtre donnant sur la mer, servaient à exposer la vaisselle d'apparat.
Des coquilles d'huitres et ossements de gibiers trouvés dans les douves, donnent une idée de la richesse de la table ducale ..
Dans ces deux salles, on a exposé une véritable merveille : un pavement ancien, trouvé intact sous les décombres de la "chapelle hors les murs" qui fut incendiée en 1370. Protégé par les ruines, ce pavement a été transporté carreau par carreau à l'intérieur du chateau, et on s'émerveille de sa fraicheur, de ses coloris pastels si délicats, et des animaux imaginaires, griffons, licornes et des fleurs délicates qu'on y avait dessiné.
A l'étage, les appartements de la duchesse, et la chapelle. Sur les cotés, deux oratoires privés pour le duc et la duchesse, peut etre chauffés pendant la saison froide!
La chambre de la duchesse est installée dans la tour sud est. Deux sièges se faisant face dans l'épaisseur du mur permettaient d'admirer la vue, tout en brodant ou lisant à la lumière naturelle.
Une véritable salle de bains précède la chambre, avec latrines et étuve. De l'air chaud y arrivait par le sol. On le voit, la cour de Bretagne était des plus raffinées ..
Un escalier dérobé, que le guide nous fait emprunter avec un air coquin, permettait aux époux de se rejoindre, car il conduit à la chambre ducale, au troisième étage du logis.
Cette chambre est également pourvue d'une cheminée et d'une salle de bains.
C'est à ce dernier niveau que l'exposition très complète sur la restauration du chateau nous est présentée. De grands panneaux chronologiques sont disposés sous la charpente neuve, mais recréée telle qu'elle était avant, au vu de certains détails repérés dans la maçonnerie du chateau.
La Courtine nord.
Un chemin de ronde percé de meurtrières et parfois d'une petite .. latrine, mène sur le rempart nord du chateau. De la, on peut voir arriver l'ennemi, car l'endroit donne sur la route, et sur les marais et les bois environnants. On peut admirer des hérons, bécasses et autres gros oiseaux acclimatés en ces lieux.
La Tour neuve et le logis Ouest.
On arrive à la partie la plus récente de Suscinio, mais qui est aussi dans le plus mauvais état.
Imaginez qu'en entrant dans la tour, vous vous trouvez devant un espace vertigineux, formé par l'ancien logis dont tous les parquets ont disparus! La vision est assez surréaliste, de ces cheminées suspendues dans la hauteur des murs sombres. Les pigeons et les tourterelles vont et viennent en s'échappant par les ouvertures béantes, mais les toitures, elles, viennent d'être terminées, de belles ardoises clouées sur la charpente.
Au niveau du sol, une sinistre casemate basse où seuls les enfants s'aventurent servait de réserve à munitions.
enfin on sort au soleil, dans la cour du chateau, où se termine la visite. Elle était autrefois plus réduite, car encombrée d'habitations légères, qui abritaient le personnel du chateau, estimé à plus de cents personnes.
A regret je quitte encore une fois ces lieux, qui ont sur moi un effet apaisant, réconfortant.
On dirait que le chateau me communique sa force, et sa faculté de renaitre, et qu'il ressource profondément mon "for intérieur", d'où le titre de cette opinion ..
Quelques mots des animations proposées, en saison, par le Chateau de Suscinio :
- Un spectacle son et lumière, ayant trait à l'histoire de la Bretagne.
- Un opéra ou une pièce de théatre, dans le cadre des "créneaux de Suscinio" ; cette année, il s 'agissait de "l'Enlèvement au sérail", de Mozart. Mais on a vu aussi "Orphée" de Gluck, "Le Songe d'une nuit d'été", de Shakespeare, etc ..
- Une exposition temporaire, installée dans les salles du 2e étage. Par exemple, "les Vierges du 14e et 15e siècle", "les Artisans d'art au Moyen Age", "les tapisseries de cour".
Il est temps de s'en retourner, non sans avoir fait une fois de plus un tour méditatif et admiratif sur le chemin de ronde extérieur ..
Il est à peine besoin de prendre la voiture, une petite route vicinale vous emmènera jusqu'à la plage, où elle se termine. Une superbe plage de sable blanc à peine connue, et si on se retourne, on voit les tours du chateau qui émergent d'une forêt du bout du monde.