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Amsa, 11.02.2007] En cet été de 1995, la température à Marrakech à dépassé les cinquante degrés. Les habitants étouffés de poussière, écrasés de chaleur, sont au bord de l étouffement, ils n'en peuvent plus. La vie est ralentie et chacun se traîne à ses obligations les vêtements collés de sueur. La ville sent fort. L'odeur violente du crottin et de la pisse des chevaux des calèches se mêle aux relents de cuisine épicée et de transpiration. La merveilleuse odeur de lambre en devient entêtante et pénible, masquant à peine les émanations des gaz déchappement. Le jeudi soir, enfin, les Marrackis peuvent enfin sévader et quittent en masse la ville qui peu à peu sasphyxie. Quatre vingt pour cent dentre eux sont des Berbères dont les racines sont dans lAtlas, aussi, cest une foule de voitures où s'entassent des familles entières, des milliers de cyclomoteurs qui supportent trois ou quatre personnes qui senfuient de la ville vers ce havre de paix et de fraîcheur que représente la Vallée de lOurika.
En effet cette vallée ne se trouve qu'à soixante kilomètres de Marrakech et elle représente quatre vingt dix pour cent de leau qui alimente cette citadelle du désert. Après quarante kilomètres de route toute droite longeant la Ménara, l'hivernage et les pépinières, les sommets enneigés de lAtlas apparaissent soudain, totalement hallucinants et presque anachroniques en cet environnement. Puis cest la montée, dabord douce puis les lacets qui ceignent les contreforts de la montagne et enfin nous sommes dans cette gorge riante de verdure et suintant l'eau de toutes parts, cest un enchantement: la vallée de l'Ourika. Partout, les cascades fusent de la montagne dont la terre décline toutes les nuances du rouge, du brique clair, au paprika pour en venir à la nuance presque noire du sang séché Les arbres gigantesques et de toutes variétés mêlent leurs essences, leurs odeurs et leurs nuances, du vert bleuté et sombre des cyprès au vert tendre des bananiers. La vallée se trouve traversée de ce torrent qualimentent les multiples cascades et chacune des maisons berbères, voit un ru providentiel parcourir lintérieur de sa maison, construite tout exprès au dessus de cette eau si rare. Ce confort si essentiel pour lhomme de ces régions arides se trouve être rudimentaire pour nous autres occidentaux. Il rend pourtant ces gens avenants, aimables au-delà de tout ce quil est naturel pour nous. Cest à ce point quau départ, on se demande si cette affabilité ne cache pas quelque chose de plus mercantile. Eh bien non ! Nous sommes polués en nos âmes, en nos curs, comme dans nos villes et la honte de nous même, de nos impures pensées nous gagne lorsque, généreusement, ils nous offrent le thé. On murmure un: je nai plus de monnaie alors quune main rude et deux yeux inoubliables vous tendent un verre transparent orné d'arabesques d'or. Ici tout est simple, tout est pur, tout est vrai.
Cet été là, le torrent devenait faible et un voile dinquiétude voilait le regard des autochtones, mais les Marrackis, sinstallaient, tout à la joie de cette fraîcheur retrouvée. Les touristes, toujours nombreux dans la vallée avaient investis les gîtes et les autres montaient la tente au bord du torrent. Les Berbères, inquiets scrutaient la montagne et lest. Lest, ce terrible est doù pouvait venir le vent du Sahara et lorage
Même en cet endroit la température allait atteindre les quarante huit degrés et à cinq heures du soir le menaçant nuage chargé du sable rouge du désert arriva, obscurcissant le ciel et masquant le soleil en quelques minutes. Lorage éclata avec une violence inouïe et dura plus de trois heures. Les cascades gonflèrent et devinrent des chutes, l'Ourika de rivière devint un furieux torrent, puis un fleuve de boue où des pants entiers de la montagne sécroulaient, entraînant les maisons construites à flan de montagne, les murets, les arbres, les routes. Au fond de la vallée, cétait la panique et nul ne pouvait rien pour autrui.
Au petit jour, le fleuve de boue traversait toujours la vallée charriant des centaines de cadavres dhommes, de femmes, denfants et danimaux. Les Berbères survivants pleuraient, impuissants. En quelques heures effroyables, leur paradis était devenu un enfer.
Les radios avaient annoncé cinq cent morts. Maintenant, les comptes ont été faits, il y en a eu près de deux mille.
Quelques travaux ont été entrepris et vite abandonnés fautes de crédit. Puis vint le nouveau roi qui, conscient de limportance de cette vallée, a fait reprendre de gigantesques travaux, élargir les routes, consolider la montagne, on parle même dun barrage que je nai pas vu. Cest ainsi que, parmi les pelleteuses et de gigantesques engins, dans la poussière rouge et le bruit, que jai découvert cette sinistrement célèbre vallée de lOurika. Cet endroit, malgré ses blessures encore vives, renait à la vie. Les arbres ont repoussé, la rivière de nouveau sage, serpente toujours au travers des maisons. Les habitants ont retrouvé leur sérénité, leur sourire et contribuent à ce que la Vallée de l'Ourika restera un des plus fascinants sites que jai été à même de voir.