ggtraveler(37)
Chatenay Malabry, France94%
Nous commençons notre exploration par Ai Ais, le campement installé au sud du canyon de la Fish River. Nous arrivons recouvert d'une fine couche de poussière bien uniforme sur la totalité des véhicules (extérieur et intérieur) et des passagers. Le camping où nous arrivons est sensé être fermé depuis huit jours, des suites des inondations, dont on peut constater les nombreuses séquelles. Nous négocions auprès du garde pour aller voir l'état réel du terrain de camping et nous tombons sur une belle pelouse verte, à côté de la piscine.
Malgré la boue présente un peu peu partout autour, nous décidons de nous installer là. Et nous verrons bien demain pour régulariser ce campement aux airs de squat ! Le parking ainsi que la plupart des blocs sanitaires sont remplis de boue en train de sécher mais bien heureusement, les sanitaires de la piscine ont été épargnés : nous devrions être bien ici ! Et puis, nous ne risquons pas d'avoir froid entre les deux proches falaises rocheuses qui renvoient la chaleur accumulée dans la journée.
Les vingt derniers kilomètres se déroulent dans la descente du canyon. Petit à petit, nous avons l'impression de descendre dans les entrailles de la terre entre ces deux parois. Et la fournaise à l'arrivée ne fait que renforcer ce sentiment !
Mardi 7 mars, Camp de Ai Ais
Le réveil est doux, après cette nuit reposante sur l'herbe épaisse, au clair d'étoiles. Nous consacrons la matinée à profiter du sud du canyon. Nous stoppons très souvent pour prendre des photos du site. D'abord dans la montée où nous nous consacrons surtout aux fleurs, aux plantes et aussi, quand même, à la rivière qui a encore la couleur boueuse des inondations. Arrivés sur les hauteurs, nous zigzaguons entre les petites montagnes de pierre. Un peu partout poussent des kokkerboom, directement sur la roche. Malheureusement, souvent derrière des clôtures (comme trop souvent en Namibie). En coup de vent, nous apercevons un oréotrague sur une crête (une gazelle des montagnes), mais trop vite pour réussir à l'immortaliser. Nous sommes en plein univers minéral ; certains monticules offrent d'intéressant points de vue. Souvent nous trouvons de belles fleurs qui rajoutent des couleurs à la palette déjà fournie, de nombreuses euphorbes et aussi divers gros insectes dont l'impressionnant criquet cuirassé terrestre. Et quelques kilomètres plus loin, nous avons droit à l'éblouissement.
Au détour d'une petite descente, nous découvrons une partie des falaises du canyon à l'image de celles du Grand Canyon américain. Autant dire que les appareils photo crépitent. De tous côtés le paysage est magnifique. On a vraiment hâte d'en découvrir plus, mais ce sera pour demain. Il est l'heure de retourner au camp, la température monte et la lumière n'est plus optimale.
Vers 16 heures, je me décide à partir faire une ballade le long de la rivière alors qu'il fait encore chaud. Au passage, j'en profite pour découvrir le camp de Ai Ais. Cela ressemble à une sorte de village de vacances avec terrain de camping, aire pour les 44 camping car, appartements dits de luxe, boutique, bar-restaurant, station-service, piscine, et même un cinéma de plein air, le tout niché entre ces deux étroites falaises, au bord de l'eau. Il y a même une source d'eau chaude qui coule à environ 65°C, et qui a donné son nom au lieu. Mais pour l'instant, la source fait grise mine : va falloir attendre le nettoyage ! Le passage le long du canyon est souvent étroit soit sir le peu de sable au sec, soit sur les rochers qui rayonnent leur chaleur. On voit encore les nombreux stigmates de l'inondation. La montée des eaux a dû être d'environ deux à trois mètres ! Nombreux sont encore les endroits humides et les flaques ou bras morts qui croupissent. Pas d'ombre à l'horizon pour faciliter la progression. Du coup, j'essaie de suivre la trace des babouins qui se révèle souvent la la bonne. Enfin presque ! Heureusement que j'ai enfilé les chaussures de randonnée pour les zones boueuses. Après une heure d'effort sous le cagnard, je décide de faire demi-tour, me rendant bien compte qu'il est quasi impossible d'atteindre une enfilade du canyon. Même la faune reste cachée : pas un oiseau ni un babouin. Une bonne ballade de deux heures qui aura au moins fait du bien à l'organisme, faute du plaisir des yeux.
Mercredi 8 mars, camp de Ai Ais
Nous quittons Ai Ais et son camp désert pour remonter le cours de la Fish River et du canyon. Histoire de faire un peu d'effort physique, nous partons devant, à pied, en attendant que les véhicules nous récupèrent. Puis nous reprenons la piste que nous avions emprunté la veille, direction plein nord. Nous roulons bien pendant toute la première partie que nous avons déjà découvert la veille, jetant tout de même un coup d'œil à ce superbe paysage dès qu'apparaissent quelques falaises du canyon.
Nous poursuivons notre route dans le même paysage. Les bords de la piste sont bien jaunes avec les parterres de fleurs sauvages. Partout autour, nous observons de nombreux bosquets d'euphorbes, et, de temps en temps, un kokkerboom. Le paysage reste toujours vert. Il semble que nous nous éloignons du canyon. Nous retrouvons alors quelques montagnes tables . Dernier embranchement et nous devrions atteindre Hobas en bas d'une bonne descente. D'ailleurs le panneau indiquant celle-ci nous fait sourire. Elle représente une voiture qui a percuté un camion sur une pente !!
C'est à cet endroit qu'est situé le camp au nord du canyon. Contrairement à ce que nous pensions, Hobas est une impasse où se trouve seulement le camp. Mais pour atteindre le point de vue sur le canyon, il faut continuer plus loin par une piste caillouteuse d'une dizaine de kilomètres. En chemin, nous apercevons même un panneau indiquant un aérodrome. Si, si !!! Mais d'avions, pas de traces ! Nous poursuivons donc jusqu'au point de vue principal.
Nous l'apercevons d'assez loin avec les paillotes installées pour abriter le public du soleil. De part et d'autre a été installée une barrière, des fois que quelqu'un voudrait sauter. Mais il faut vraiment s'approcher jusqu'à la terrasse d'observation pour se rendre compte du paysage. Et là, c'est la révélation ! Sous les yeux, nous retrouvons ce qu'on a pu voir sur les affiches, les cartes postales ou le Net. Le canyon fait une large boucle sous nos yeux, puis une autre un peu plus loin sur la droite. Au fond coule la Fish River, toujours aussi boueuse mais finalement bien assagie. Les appareils crépitent pour immortaliser ces deux falaises érodées pendant des millions d'années, falaises qui s'enfoncent dans la terre, créant une faille au milieu des plateaux de verdure. Au plus nous regardons, au plus nous trouvons de nouveaux sujets de clichés.
La rivière et le canyon sinuent sous nos yeux. Que la nature fait de bien belles choses avec l'érosion, et surtout beaucoup de temps. Nous continuons jusqu'à un second point de vue, un peu sur la droite à trois kilomètres. C'est de cet endroit que part le chemin de randonnée qui parcourt le fond du canyon. Il faut tout de même savoir que le trajet fait 85 kilomètres sans logistique possible ! Et les premiers mètres de la descente laissent présager une descente abrupte et sportive. D'ailleurs, le passage est interdit pendant plusieurs mois, jusqu'au mois d'avril.
Nous nous contenterons des crêtes. De cet endroit, nous pouvons observer la fameuse boucle sous un autre angle. Nous apercevons en particulier la falaise située sous le point de vue principal, mais aussi les boucles suivantes. De cet endroit, l'arrière-plan est parfait pour faire des photos de groupe dans un décor grandiose. Retour en arrière pour aller voir un autre point de vue, à l'écart de la piste, à environ huit kilomètres. Ici plus de barrières. Nous pouvons approcher jusqu'au bord du précipice pour voir l'effet. Gare à ceux qui auraient le vertige. Au plus profond le canyon descend à près de 550 mètres pour une largeur maximale de 27 kilomètres ; d'ailleurs, nous n'avons jamais l'impression d'une telle distance, tellement le cadre écrase tout. De part et d'autre de notre point de vue, nous distinguons les zig-zags du canyon. L'endroit n'a vraiment rien à envier au Grand Canyon du Colorado.
Après tous ces paysages, nous retournons à Hobas, laissant derrière nous divers autres points de vue en aval. En chemin, nous faisons une halte à l'étang situé juste avant le camp. Il y a quand même un couple de tadornes à tête grise, une sorte de canard d'un beau marron avec une tête grise.
Enfin, nous arrivons au camp. Un rapide tour à la réception et à la micro boutique, quasi vide (que ce soit en ravitaillement ou souvenirs), et nous nous installons sur un terrain quasi désert. L'endroit est bien sympa : beaucoup d'ombre sous les acacias, d'excellentes installations pour le feu, une robinetterie rutilante et même le tri des déchets. Par contre, ce camp est beaucoup plus petit et moins développé que celui d'Ai Ais malgré sa plus grande proximité avec Windhoek. Peut être que les gens ne viennent ici que pour la journée. Les oiseaux tournent autour de nous : en particulier les bulbuls brunoirs, jolis oiseaux à tête noire, œil rouge, ventre jaune et dos brun, et aussi des colious à dos blanc, de petits oiseaux gris à huppette et à longue queue.
Vers 17 heures, nous repartons vers le canyon. A la sortie, nous tombons sur un gros mâle babouin chakma noir. Nous espérons voir le canyon sous un autre jour, et pourquoi pas réussir un beau coucher de soleil. En fait, le soleil descend juste derrière le méandre du point de vue. Autant dire que la lumière est pesante sur ce superbe paysage. Il n'y a guère qu'en marchant sur les côtés du précipice qu'on parvient en partie à éviter les contre-jour. Et là où la lumière se réfléchit, les falaises prennent une jolie teinte jaune-rouge. Ce n'est qu'en patientant jusqu'au coucher du soleil que nous sommes enfin récompensés. Non pas que le coucher soit réussi (la faute à un horizon plat), mais d'un coup, le canyon reprend une nouvelle lumière et les crêtes se nimbent de cette lumière rouge de fin de journée. Dernier regard au canyon de la Fish River avant de retourner au camp.
Sur le chemin du retour, que nous imaginions banal sur cette piste pierreuse, au milieu des champs de cailloux. Nous apercevons d'abord un, puis deux autres grands koudous mâles. Ils sont encore jeunes et cherchent à traverser la piste. Entre chien et loup, nous aurions pu tout aussi bien les manquer. Surtout que nous ne nous attendions pas à les voir dans un tel endroit. C'est ensuite un springbok qui apparaît sur la gauche. Et c'est en cherchant le reste du troupeau que nous distinguons une masse mouvante. Il s'agit en fait de sept zèbres des montagnes (ou zèbres de Hartmann) qui cherchaient à rejoindre l'étang pour se désaltérer. Nous les avons coupés dans leur élan. Ils sont marrants à observer, se déplaçant toujours serrés, au moins à six, comme si ils étaient attelés. Là encore, une belle surprise de les trouver là alors qu'ils sont si rares. Nous rentrons enfin au camp qui s'est bien rempli depuis notre arrivée.